La saison dernière, les championnats canadiens se déroulaient au Saguenay, à défaut de pouvoir organiser le Grand Prix cycliste en raison du G7. Le critérium était disputé autour de la Petite Maison blanche sur circuit très technique, avec sa descente serrée et son arrivée en montée. Celui-ci se déroulait lors de la fin de semaine de la Saint-Jean-Baptiste, donc l’ambiance était à la fête.

Ce ne fut pas le cas cette année, mais la troisième étape du Grand Prix a tout de même amené son lot de feux d’artifice.

Pluie et 14 degrés, telles étaient les conditions lors de la course. Avant celle-ci, derniers préparatifs avec l’infatigable Christian, mécano de l’équipe. “ 85 psi, pas plus, pas moins “ assurait-il avec confiance. Sa conviction et toute son expérience m’ont rassuré quant à la tenue de route de mes pneus Maxxis dans de telles conditions.

Ma relation avec la pluie en course est assez ambivalente; je pourrais consulter le radar météo 5 fois avant une course pour savoir s’il pleuvra, mais au moment de la course, aucune crainte, aucun souci ou perte de confiance. Je fais juste foncer.

Aussitôt le départ donné, aussitôt la douleur fut ressentie; les gars de Floyd’s assumaient le contrôle de la course du début à la fin, torpillant toute tentative d’échappée. Ma stratégie était somme toute la même qu’à la première étape: je n’avais pas les meilleures jambes (surtout à l’échauffement), je devais donc maximiser mes efforts pour me placer dans les vingt premiers, opération qui a assez bien marché au final. Toutefois, je n’avais plus l’énergie nécessaire pour rivaliser avec les autres cyclistes dans les derniers tours.

Mais Mitch était là.

En bon cowboy de l’Ouest, il a chevauché le sprint final pour s’insérer dans le top 15 de l’étape. “That was sick”, disait-il.

Et puis, la dernière. La one last ride. Pas bien longue, la quatrième étape promettait d’être explosive. “Plus rien à perdre” était ma devise d’avant-course, jusqu’à ce que celle-ci commence; j’arrivais à me placer avant la bosse, mais les jambes n’étaient plus tout à fait au rendez-vous. Connor y est allé de plusieurs attaques costaudes, mais celles-ci furent toutes neutralisées, encore une fois par les hommes de la Floyd’s, qui étaient déterminés à ne rien laisser partir afin de protéger le maillot.

Le dernier tour du circuit a été pour moi le coup de grâce; je manquais déjà de kick au milieu et à la fin de la montée, cet effet s’est doublement ressenti au dernier passage, alors que le rythme s’est grandement accéléré. J’essaie d’accrocher à la caravane pour les 8 derniers kilomètres, mais en vain.

En croisant le fil d’arrivée, j’ai été accueilli par mes coéquipiers claqués, mais soulagés d’avoir accompli le tour, la foule saguenéenne chaleureuse, la voix grave de Louis Bertrand, mes parents, qui ont fait 4 h 30 de voiture pour me voir faire des tours autour d’une maison blanche avec une meute de chiens enragés sous la pluie, et monter une interminable montée, ainsi que, je dois être honnête, une envie sournoise de me taper une boîte complète de Oreos tout en pensant à mon prochain objectif, les Championnats canadiens.

– Édouard Beaudoin